20/11/2006

Justice et état complices dans la malhonnêteté généralisée des services

« Madame, que cet ensemble vous va bien, vous êtes remarquable ; Monsieur, ne choisissez pas ce téléviseur offert en promotion, c’est de la cochonnerie qui tombe en panne, a un mauvais son, non, prenez plutôt celui-ci, bien sûr, le prix est le double, mais il vous satisfera tout à fait…. »

Quel que soit le besoin du client, le vendeur l’oriente, à de rares exceptions près, vers le produit que le magasin doit écouler à cause d’une fin de série, de soldes proches, de mévente parce que c’est moche, inutile, tombe souvent en panne, ou qu’il touche davantage de commission dessus. Il joue sur la confiance, sur le sentiment, glorifiant le client, jouant sur toutes les ficelles bien rodées de son métier, que lui a livré son expérience ou un cours établi par moult psychologues, devant lesquels le client ne pèsera pas lourd. La société ne dira pas que le vendeur est malhonnête, mais qu’il fait bien son travail.

C’est à dire que s’il a réussi à extorquer à une personne, dans le cadre de son métier, le double du prix pour un appareil qu’il sait équivalent, ou lui a vendu un appareil qui bientôt ne répondra plus aux standards, n’aura pas de service après vente car la société a coulé, si le client a mis dans l’affaire des mois d’économie, le vendeur ne sera pas un escroc, et bénéficiera de l’estime de ses pairs, sera cité, sa photo publiée dans l’entreprise, et ses hauts revenus provoqueront l’envie de ses proches, mais nullement de répréhension. Pourtant, à proprement parler, ce vendeur est un voleur !

Mais le pire est que si le client se plaint, on le traitera d’idiot, car c’était à lui de savoir ce qu’il faisait ; qu’importe tout ce qu’on lui a affirmé (vous avez des preuves de ce qu’on vous aurait dit ?). S’il vient faire réparer un matériel obsolète : mais mon bon monsieur, c’est bon à jeter, plus personne ne voudra vous réparer cela, et de toutes façons, ce sera moins cher d’en acheter un autre, un bon celui là.

Ces petites sommes répétées tout au long d’une vie font parfois le prix d’une maison : vêtements se déchirant, se déformant, nourriture mauvaise au goût, périmée, engins divers (hi fi, ordinateur, électro ménager, voiture…) tombant en panne….

Pire, ou jouant sur des volumes financiers plus douloureux, du moins en une fois, l’achat d’une maison peut être catastrophique. Combien d’exemples de propriétaires devant payer des dizaines d’années le remboursement d’un emprunt pour une maison jamais construite par un promoteur véreux parti avec la caisse, en faillite, ou se lézardant de partout au point d’en devenir inhabitable. Mais rassurez vous pour ceux ayant pris tout l’argent des autres, s’ils sont bien taxés de malhonnêteté, ils pourront à bon compte recommencer un peu plus loin, sous un autre nom, par l’intermédiaire d’un ami, dans un autre pays, en toute légalité.

Ce sont des gens malhonnêtes certes, mais des gens malhonnêtes, il y en a partout, c’est tout à fait normal qu’il y en ait un certain nombre parmi tant d’habitants sur la terre ; ce qui est bien moins normal, c’est que la législation, dans notre pays même, les favorise tellement.

On le voit partout. Vous rendez une affaire défectueuse au rayon d’un grand magasin : ils se débrouillent souvent pour le mettre loin afin de vous décourager d’y aller, vous font faire beaucoup de formalités dans le même but, vous font attendre. Vous portez plainte par exemple contre votre banque vous ayant pris des frais non prévus sur votre contrat, ou vous imposant contre votre gré de payer une de leur prestations dont vous n’avez rien à faire, ce qui arrive couramment.

Ou encore, et je vous souhaite bon courage, votre garagiste, il suffit d’en prendre un dans le tas, tant cette profession relève d’incompétents souvent doublés de malhonnêtes, comme l’attestent toutes les enquêtes de « Que Choisir » par exemple, vous a grugé, et vous le poursuivez en justice. Dans les deux cas vous gagnez. S’ils vous doivent 100 euros, le tribunal leur impose de vous les rendre. Vos frais éventuels d’avocat ne sont pas pris en compte. Au mieux, votre journée, si vous auriez dû travailler, au titre de l’article du code civil, vous sont remboursés, mais seulement si vous le demandez, si vous ne connaissez pas cet article de loi : tant pis pour vous.

Fort bien, vous êtes content. La justice vous a rendu raison, et fait rembourser. On vous devait 100 euros, et votre adversaire vous les a rendus. Mais vous êtes passés à coté de l’essentiel : votre adversaire s’en fiche bien, surtout si c’est une grosse boite. Votre banque vous a rendu 100 euros : la belle affaire ! Ils ont grugé des milliers ou davantage de clients comme vous dans la France entière, ou par le monde. Cent euros rendus, vraiment, lorsqu’ils en ont volé dix ou cent mille fois plus. Ils s’en fichent de la décision du tribunal. Car il est bien rare que le tribunal exige de la banque qu’elle rembourse tous les clients spoliés. Encore faudrait-il les connaître, ou qu’ils se fassent connaître.

Pourtant, le tribunal se doute bien que la banque sait ce qu’elle fait. La loi devrait tout simplement imposer dans ce genre d’affaires quel la banque verse à un pot commun en faveur des petites gens spoliés par exemple telle grosse somme réellement représentative de ce qu’ils gagnent malhonnêtement. Dans ce cas, et dans ce cas seulement, la banque et autres voleurs s’y prendraient à deux fois avant de recommencer.

Mais la banque, les voleurs, les politiques, le législateur donc, tout cela fait un, mêmes gens, copains, personne n’a intérêt à exercer une justice véritable. Seule la poudre aux yeux donnée au public suffit amplement.

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